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Les démarches 

Juin 1993

Bernard HERMAL, Maire de Roupeldange, adresse un courrier à Mme le Maire de Limons, il souhaite créer un courant d’amitié entre les deux communes et demander si la commune de Limons serait favorable. il envoie un dépliant pour présenter la région et demande des informations sur la commune de Limons, le nombre d’habitants, vie associative, économique. ..

22 janvier 1994

M. HERMAL téléphone à Mme Tixier, Maire de Limons, pour lui dire qu’il souhaite fêter le cinquantième anniversaire de la libération de son village (le 19 novembre 1944) avec la commune de Limons.

10 février 1994

Réunion de la commission << fêtes et sports >> du conseil municipal pour étudier la proposition de jumelage.

7 avril 1994

Nouvelle réunion de la commission pour organiser le jumelage.

25 avril 1994

Réunion à la salle des fêtes avec tous les habitants de la commune de Limons

26 mai 1994 à 19 h 00

Le Maire de Roupeldange, M. Bernard HERMAL, vient à Limons et rencontre les conseillers municipaux et le Maire.

13 septembre 1994

Courrier de M. Bernard HERMAL pour présenter le programme du séjour des Limonois des 11, 12 et 13 novembre 1994 à Roupeldange.

26 septembre 1994

Le programme du séjour est remis dans chaque foyer. Les Limonois sont invités à s’inscrire avant le 15 octobre pour se rendre à Roupeldange.

15 octobre 1994

Réunion de la commission des fêtes

8 novembre 1994

Délibération du conseil municipal de Limons pour prendre en charge les frais de transports (autocar et frais d’autoroute) du voyage des habitants de Limons à Roupeldange et du cadeau (lave émaillée) offert à la commune de Roupeldange.

 

Rencontre

 

« Mais c’est la Louise »

« Regarde Emilienne, c’est Louise, ma copine !»

Premières paroles de Dédé Vincent en descendant du bus. Poignant !

Cela faisait quarante-neuf ans qu’ils ne s’étaient vus.

Il a suffi d’une seconde pour qu’ils se reconnaissent. Les années se chargent de transformer les personnes mais elles n’arrivent pas, apparemment, à modifier les images encrées durant des périodes de souffrances.

C’est vrai, c’est tout simplement poignant.

 

Allocutions

Vendredi 11 novembre 1994

Allocution Bernard Hermal, maire de Roupeldange:

Mes chers amis Limonois,

Mes chers concitoyens,

M. le Conseiller Général,

Mesdames et Messieurs,

Mes premiers mots seront des mots de remerciements.

Remerciements à vous Limonois d’avoir répondu présents à notre invitation de jumelage.

Remerciements à vous Limonois d’avoir fait ce chemin depuis votre Puy-de-Dôme jusqu’ici.

C’est un honneur et un plaisir pour nous de vous accueillir et je vous souhaite un cordial bienvenu.

Je ne voudrais pas oublier dans mes remerciements Mme Le Maire de Limons aujourd’hui alitée. Je sais qu’au fond d’elle-même elle enrage car cette idée de jumelage elle y croit et elle s’y est impliquée dès le début de ma sollicitation.

Je voudrais aussi remercier Monsieur le Conseiller Général d’honorer de sa présence cette cérémonie d’accueil.

Enfin, je voudrais dès à présent adresser un grand merci à tous ceux qui ont apporté leur bonne volonté à l’organisation pratique de ces trois jours. Sans le concours de chacun d’entre nous, et vous avez été nombreux, ce jumelage n’aurait pas pu avoir lieu. Aussi je ne voudrais pas être ingrat et je vous remercie bien sincèrement.

Toujours dans les remerciements, je voudrais m’adresser en particulier aux anciens. Limonois en premier lieu, pour vous remercier de nous avoir accueillis avec autant de cœur en 40.

Soyez aujourd’hui les bienvenus, ici, à Roupeldange.

Ce village est pour trois jours le vôtre. Nous espérons que vous passerez un agréable séjour parmi nous.

Comme vous le savez certainement, vous passerez la soirée d’aujourd’hui chez l’habitant. Tout à l’heure, au moment du verre de l’amitié que nous prendrons au foyer, nous vous présenterons vos familles d’accueil.

Demain matin, nous avons prévu la visite de Metz. Le départ se fera à 8h45 devant la mairie. La durée de la visite est d’environ 2 heures. Nous aurons à notre disposition un second car pour pouvoir vous accompagner.

L’après-midi, nous visiterons un fort de la ligne Maginot. Prenez simplement la précaution de prévoir un lainage, les galeries sont assez fraîches; il faudra également faire un effort en ce qui concerne l’horaire de départ : il est avancé à 14h30.

Demain soir, repas dansant à la salle polyvalente.

Dimanche matin, messe solennelle en l’église sainte-Barbe à 10h30 suivie d’un dépôt de gerbes au Monument aux Morts puis de l’inauguration de la place de Limons. Les discours et le vin d’honneur auront lieu à la salle polyvalente.

Ensuite nous partagerons ensemble le repas du jumelage.

 

Allocution de M. Parra, 1er adjoint au Maire de Limons.

Monsieur le Conseiller Général,

Monsieur le Maire de Roupeldange,

Mesdames et Messieurs les Roupeldangeois,

En ma qualité de  1er adjoint de la commune de Limons, mes concitoyens et moi-même vous remercions chaleureusement de l’excellente iniative que vous avez eue en nous invitant à jumeler nos deux communes pour raviver une amitié née dans les années 1940.

Nous avons une pensée pour le 1er magistrat de notre commune, Madame Tixier, qui se faisait une joie d’être parmi nous, mais qui, pour des raisons de santé n’a pu nous accompagner.

Pour sceller notre amitié, nous ne posons pas la première pierre, mais nous vous offrons un fragment de nos volcans d’Auvergne.

Et que ces trois jours soient, pour les Roupeldangeois et les Limonois , un jumelage dans la joie.

 

Dimanche 13 novembre 1994

Allocution de M. Hermal, Maire de Roupeldange

La vie municipale de notre village s’est arrêtée avec la séance du 3 mars 1940 au cours de laquelle la délibération suivante a été prise :

M Heitz André a pendant 8 jours travaillé à la remise en état de ponts et au curage des fossés, 20 francs la journée = 160 frs. LE C.M. lui alloue la somme de 160 frs au titre 113.

Cette vie municipale a repris avec la séance du 4 juin 1945 avec la délibération suivante :

« M. le Président expose que les opérations électorales vont avoir lieu prochainement ; il invite les membres du C.M. à nommer 3 membres : après délibération M. Paul Clessienne a été nommé délégué pour la commission de révision des listes électorales et Messieurs Champlon Eugène et Marty Jean sont nommés membres pour la commission du jugement des réclamations ».

Entre ces 2 dates, entre le 3 mars 1940 et le 4 juin 1945, nos parents, nos anciens, ont connu la guerre.

Mieux qu’un discours pour évoquer ce qu’une guerre représente de tristesse, de pauvreté, de misère, de déchirement, de mort, je vous propose d’écouter un poème de Victor Hugo lu par Guillaume Bordin, élève de CM2:

 

Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie

Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie.

Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau.

Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère ;

Et, comme ferait une mère,

La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau !

 

Gloire à notre France éternelle !

Gloire à ceux qui sont morts pour elle !

Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !

À ceux qu'enflamme leur exemple,

Qui veulent place dans le temple,

Et qui mourront comme ils sont morts !

 

Ainsi, quand de tels morts sont couchés dans la tombe,

En vain l'oubli, nuit sombre où va tout ce qui tombe,

Passe sur leur sépulcre où nous nous inclinons ;

Chaque jour, pour eux seuls se levant plus fidèle,

La gloire, aube toujours nouvelle,

Fait luire leur mémoire et redore leurs noms !

 

Simplement, solennellement, respectueusement, rappelons à notre mémoire celles et ceux qui ont donné leur vie pendant cette époque, celles et ceux qui nous ont quittés et qui d’une certaine manière sont présents aujourd’hui.

Pour eux, observons une minute de silence.

Entre ces deux dates, entre le 3 mars 1940 et le 4 juin 1945 nos parents, nos anciens, ont connu la guerre. Mais ils ont également connu l’amitié, l’amitié d’une population qui a su les recevoir, partager.

Roupeldange a été le dernier village de la zone de la ligne Maginot à être évacué. Nos habitants ont été évacués pour la plupart dans le Puy-de-Dôme. C’est dans cette petite bourgade de Limons, multiples hameaux et fermes que nos amis lorrains sont arrivés.

Ils sont aujourd’hui une poignée, ici parmi nous, à pouvoir témoigner de ce que l’homme peut être grand en amitié.

Oui, votre présence ici, Roupeldangeois d’une part mais surtout Limonois d’autre part prouve que cette amitié d’il y a maintenant plus de cinquante ans n’avait rien d’artificiel, rien d’obligatoire.

Le temps pourrait avoir l’avantage pour lui d’effacer ces temps où l’homme devait se surpasser pour se survivre à lui-même, s’entraider pour ne pas sombrer.

Par cette journée, nous voulons au contraire aller contre l’action du temps et montrer qu’au-delà des générations, notre sensibilité reste ouverte à l’amitié.

Commémorations des sacrifices faits par nos anciens, jeunes de 16, 18 ou 20 ans d’alors mais surtout appel à la raison de nos jeunes générations pour qu’elles sachent combien l’amitié n’a pas de prix.

Mieux que je ne le saurais, et d’ailleurs sur sa proposition, ou plutôt sur la proposition de son cœur, je vous invite à écouter le témoignage de l’un de ces jeunes, évacué en 1940 à Limons, aujourd’hui témoin vivant de cette amitié, Julien Clessienne.

Entre ces deux dates, entre le 3 mars 1940 et le 4 juin 1945 nos parents, nos anciens ont connu la guerre. Mais ils ont également connu la fraternité.

Trop d’individualisme, trop d’exclusion, trop de discrimination naissent aujourd’hui pour que nous ne prenions pas un jour, un jour comme aujourd’hui, le temps de réfléchir à notre raison d’homme.

Plus fort que l’amitié, le rapprochement de Limons et de Roupeldange est aujourd’hui le signe de notre volonté commune d’œuvrer pour un mieux-être, un mieux-vivre dans notre société.

Je ne voudrais pas parler d’amitié et de fraternité entre nos deux communes sans évoquer le nom de Mme Le Maire de Limons, absente aujourd’hui de cette assemblée pour des raisons de maladie : je voudrais publiquement la remercier d’avoir spontanément et immédiatement répondu présent à notre appel. J’imagine son agacement à avoir été obligé de rester à Limons. Que chacun des Limonois se fasse notre porte-parole auprès d’elle de nos remerciements mais surtout de nos vœux de rétablissement.

Entre ces deux dates, entre le 3 mars 1940 et le 4 juin 1945 nos parents, nos anciens ont connu la guerre. Mais ils ont également connu la liberté.

La liberté qui nous est venue des forces alliées. Je ne voudrais là, pas encore faire le récit de la façon dont les évènements se sont passés, mais vous parler de l’ambiance, de la chaleur humaine.

Le capitaine Georges Buschbaum, commandant la 95ème compagnie Sémaphore, rattaché à la 95ème division, elle-même rattachée à la célèbre 3ème armée, et revenu en 1971 sur la terre de France. Il est passé à Roupeldange et nous a délivré un message en français. Il me permettra certainement de vous le lire:

Le 10 juin 1971, au village de Roupeldange

DE 1944 A 1994 : 50 ANNEES DE LEBERTE

Les forces américaines ont libéré ROUPELDANGE le 25 novembre 1944. Elles ont quitté notre village le 28 janvier 1945 pour HOUFFALIZE en Belgique.

Plutôt que de retracer l’histoire de la libération de Roupeldange, je voudrais vous faire partager le témoignage du Capitaine George BUSCHBAUM, Commandant de la 95ème Compagnie Sémaphore, cantonnée à ROUPELDANGE en 1994. -

Ce témoignage résulte de correspondances privées que j’ai eues l’honneur d’entretenir avec ce ”libérateur”.

"La 95eme Compagnie Sémaphore appartenait à la 95ème Division d'Infanterie. Elle comptait 250 hommes et assurait les liaisons radio et autre communications de la division. Le cantonnement des hommes s’étalait sur l‘ensemble de la région de combat de la division ; son quartier général étant le plus près du quartier général de la division.

En novembre 1944, après que la 95eme Division d'Infanterie ait libéré METZ, le quartier général se déplaça vers BOULAY. Comme tout l’espace disponible sur BOULAY était réquisitionné par d'autres unités, la 95ème Compagnie Sémaphore implanta son quartier général a ROUPELDANGE. Nous sommes au moment des combats contre les fortifications de la ligne Siegfried. Nous faisons partie de la 3ème Armée.

C‘était un hiver froid et il y avait beaucoup de neige. Malgré cela, ceux d'entre nous qui ont été cantonnés à ROUPELDANGE étaient particulièrement chanceux. Les habitants de ROUPELDANGE nous ont ouvert leurs portes et nos nuits se passèrent au chaud et dans le confort. Le poste de commandement et le mess de la Compagnie Sémaphore étaient implantés dans le bâtiment de l'école. L’intendance et les ateliers de réparations étaient implantés dans des granges.

J'étais l'officier commandant de la Compagnie Sémaphore. Mon grade était celui de Capitaine, un grade pas très élevé, mais le plus grand à ROUPELDANGE cet hiver- là. C'est ainsi que j'étais un peu considéré comme le "commandant" du village. Ainsi il m'a été attribué un quartier de choix, qui était une chambre à coucher à l'étage du presbytère. Je la partageais avec l'ordonnance, le Lieutenant Ray CARR. Nous dormions sous d'épaisses couvertures. Il y avait toujours du bois dans le foyer, nous permettant ainsi d'avoir chaud toute la soirée.

Une nuit j‘ai été appelé pour transporter une femme à l’hôpital de BOULAY. Un bébé était né et les rigueurs de l'hiver n‘ont pas arrêté les rythmes de la nature. Peut-être que les registres de l'église permettront de retrouver la trace de cette naissance.

Peu de temps après que nous soyons arrivés à ROUPELDANGE, les hommes ont sorti la statue de Jeanne d'Arc et l'ont réinstallée près de l'église.

La 95ème Compagnie Sémaphore a séjourné à ROUPELDANGE pour le Noël 1944. Nous avons coupé un arbre de Noël dans la nature et l'avons installé dans le mess qui était en fait la salle de classe. Nous l'avons décoré avec des décorations de SAARLAUTERN que nous venions de prendre... C'était notre premier Noël loin des USA...

Chacun d'entre nous avait reçu des colis de chez lui, mais lorsque nous sûmes que les enfants du village n'avaient pas grand-chose pour Noël, les soldats décidèrent d'organiser une fête. Ils ont partagé leurs friandises et ont offert leurs propres cadeaux. Les enfants nous ont interprété des chants de Noël. Ce sont les plus gentils qu'il nous ait jamais été donné de connaitre. Ils semblaient heureux cette nuit-là. J'aimerais tant savoir si certains d'entre eux se souviennent.

Nous sommes restés à ROUPELDANGE au- delà du Nouvel An 1945 et peu de temps après, nous reçûmes l'ordre de nous déplacer. La Troisième Armée était appelée à faire un mouvement historique dans le cadre de la fameuse Bataille des Ardennes. Notre division et la Compagnie Sémaphore nous nous déplaçâmes également vers cette ligne de front. Notre déplacement était particulièrement secret ; c'est ainsi que nous quittâmes ROUPELDANGE durant la nuit sans pouvoir dire au revoir, sans un mot de merci. "

George BUSCHBAUM me pardonnera certainement une traduction imparfaite de son témoignage. La chaleur et le cœur qui se dégagent de son texte sont pour nous un vibrant appel à la paix et à la liberté, à la fraternité entre les peuples.

Extrait lettre du 10 juin 1971 adressée au village de Roupeldange

Hommes et officiers de la 95ème compagnie

GEORGES BUSCHBAUM

Ancien officier commandant

 

Amis Limonois un tel message peut vous être adressé également, que la stèle que nous avons dévoilée tout à l’heure puisse être le scellement d’une longue période de paix, d’amitié, de fraternité et de liberté ;

Vive Limons

Vive Roupeldange

Vive la France

Et maintenant laissons Angélique Thomas, élève de CM2 , nous lire le poème de Paul Eluard sur la Liberté:

 

Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige

J’écris ton nom

 

Sur toutes les pages lues

Sur toutes les pages blanches

Pierre sang papier ou cendre

J’écris ton nom

 

Sur les champs sur l’horizon

Sur les ailes des oiseaux

Et sur le moulin des ombres

J’écris ton nom

 

Sur chaque bouffée d’aurore

Sur la mer sur les bateaux

Sur la montagne démente

J’écris ton nom

 

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

 

Liberté.

 

 

Allocution de M. CLESSIENNE Julien

Chers amis de LIMONS , chers amis,

En ce 13 novembre 1994, je me sens obligé de prendre la parole à un micro. C’est bien la première fois à 70 ans que je le fais.

C’est pour vous remercier.

Je me sens obligé de vous adresser mes remerciements, avec Mme BERTRAND Louise née Bransteder, les deux dernières personnes résidantes à Roupeldange, à avoir été évacuées à Limons de mai à septembre 1940. Encore une fois je vous remercie de l’accueil que vos parents ou vous, nous avaient réservé durant cette période. Cette période est simplement inoubliable, si l’on en oublie les raisons. Nous sommes arrivés à Limons avec 27 autres personnes.il en reste 8 vivantes dont Mme Bertrand et moi-même.

Personnellement ce jumelage me réjouit particulièrement, il comble une lacune qui aurait dû être compensée depuis de nombreuses années. Je remercie encore une fois au nom de toutes les autres personnes concernées. Mme Le Maire de Limons et M. le Maire de Roupeldange ainsi que les bénévoles pour la mise en place de ce jumelage et la bonne réussite de cette fête.

Bon appétit et merci encore !